Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

ONU : tournant iranien et retour à la diplomatie

Publié le par Daniel Sario

Le discours d’Hassan Rohani devant l’Assemblée générale des Nations unies a marqué une rupture avec son prédécesseur. Le nouveau président iranien a rencontré François Hollande. Une première entre les deux pays depuis 2005. Par Pierre Barbancey

L’Organisation des Nations unies va-t-elle retrouver le rôle qui devrait être le sien, à savoir l’enceinte de résolution diplomatique des conflits, le lieu d’apaisement des tensions où l’esprit de dialogue prévaut sur celui de la confrontation ? Avec un brin d’optimisme on serait porté à le penser, Trois jours après l’ouverture de l’Assemblée générale de l’institution internationale. Les signaux sont en tout cas encourageants. Si concernant la Syrie des obstacles demeurent, il n’en reste pas moins que la recherche d’une solution politique prévaut. Mais c’est sans doute autour de l’Iran que les changements sont les plus notables, traduisant les évolutions des uns et des autres dans un monde en profonde mutation, pas toujours pour le meilleur. Mardi, à la tribune, Barack Obama a appelé de ses vœux une relation constructive avec son homologue iranien, récemment investi, qui a reçu un «mandat pour suivre un chemin plus modéré» que son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad. «Les blocages pourraient s’avérer trop difficiles à surmonter (…). Mais je suis convaincu qu’il faut essayer la voie diplomatique», a lancé le président américain. Réclamant des «actes transparents et vérifiables», il a laissé entrevoir «une relation différente, fondée sur les intérêts et le respect mutuels» entre les États-Unis et l’Iran, qui n’ont plus de liens diplomatiques depuis plus de trente ans. Pour preuve de sa bonne volonté, il a affirmé : «Nous ne cherchons pas un changement de régime.»

«Un nucléaire pacifique». Quelques heures plus tard, à la même tribune, le président iranien, Hassan Rohani, qui faisait sa première grande sortie internationale depuis son élection le 14 juin, a lui aussi évoqué une possible évolution des relations entre les deux pays. «Si (les États-Unis) évitent de suivre les intérêts à court terme des groupes de pression pro-guerre, nous pouvons trouver un cadre dans lequel gérer nos différences», a-t-il déclaré. Martelant que son pays n’était «pas une menace», ni pour le monde ni pour la région, le président iranien a réaffirmé que la République islamique entendait utiliser l’énergie nucléaire «à des fins exclusivement pacifiques», et une nouvelle fois dénoncé les sanctions dont son pays fait l’objet. «Contrairement à ce que disent ceux qui les décident et les imposent, ce n’est pas l’État et l’élite politique qui sont visés, c’est plutôt le peuple ordinaire qui en est victime», a-t-il précisé.

Si une rencontre entre Obama et Rohani, dont la rumeur bruissait dans les couloirs de la maison de verre, n’a pas eu lieu (1), le dirigeant iranien s’est en revanche entretenu avec François Hollande. Une première à ce niveau entre leurs deux pays depuis 2005. À la tribune de l’ONU, le président français a réclamé des «gestes concrets» de la part de l’Iran «qui montrent qu’il renonce à son programme militaire, même s’il a le droit au nucléaire civil». Il a demandé un dialogue «direct et franc» sur ce dossier. À l’issue de cet entretien – où a été abordé le dossier syrien –, Hollande a évoqué «un premier contact qui en appelle d’autres», tandis que Rohani a souhaité «un meilleur avenir» pour la relation entre les deux pays. Une réunion est prévue aujourd’hui, à New York, entre le nouveau ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, et ses homologues des grandes puissances. «Nous avons une occasion historique pour régler la question nucléaire», mais les interlocuteurs de l’Iran «doivent ajuster leur attitude pour mieux correspondre à la nouvelle approche iranienne», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Palestine et frontières de 1967. Barack Obama s’est dit « déterminé à régler le conflit entre Israéliens et Palestiniens ». Il est même allé jusqu’à dire – au grand dam de Tel-Aviv – que «de plus en plus d’Israéliens reconnaissent que l’occupation de la Cisjordanie déchire le tissu de leur société» et que «les amis d’Israël doivent reconnaître que la sécurité dépend de la réalisation d’un État palestinien». Si à, la tribune, il n’a pas évoqué les frontières de 1967, il l’a fait en revanche un peu plus tard à l’occasion du déjeuner organisé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. François Hollande n’a pas été jusque-là, évoquant «une paix qui passe par la coexistence de deux États dans des frontières sûres et reconnues».

(1) - Cet article a été écrit 24 heures avant le coup de téléphone historique entre Obama et Rohani

L'ONU redevient enfin le lieu du dialogue et de la diplomatie.

L'ONU redevient enfin le lieu du dialogue et de la diplomatie.

Commenter cet article