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Politzer: le penseur foudroyé

Publié le par Daniel Sario

Par Aude Ancelin

Concret et facétieux, radical et follement courageux. Ainsi surgit devant nos yeux en 2013 le jeune philosophe communiste d’origine hongroise, assassiné par les nazis en 1942, alors qu’il avait rejoint le maquis français deux ans auparavant. C’est la troisième renaissance de Georges Politzer, ami de Paul Nizan, inspirateur de Sartre, styliste énergique et précis, détracteur féroce de Bergson et de Heidegger. Déjà en 1967, la première réédition de sa grande oeuvre inachevée, la Critique des fondements de la psychologie, avait permis de redécouvrir celui dont Lacan salua « la marque ineffaçable » sur la pensée du XXe siècle. L’université le mettra aussi à l’honneur en l’inscrivant par deux fois au programme de l’agrégation de philosophie depuis les années 90.

Aujourd’hui, c’est son fils unique, Michel, qui le fait resurgir devant nos yeux, en publiant les Trois Morts de Georges Politzer, une bouleversante enquête sur la figure intellectuelle de son père et la perte tragique de ses parents alors qu’il n’avait que 9 ans. Sa mère, Maï, elle aussi militante communiste, sera en effet arrêtée en même temps que son mari et mourra en déportation à Auschwitz. Rares sont les textes qui vous font sentir avec une si déchirante acuité la mâchoire de fer qui se referme sur un destin, broyant tout, jusqu’à la possibilité d’une postérité.

Consultant les archives du PC, relevant le plus infime témoignage, guettant de toutes parts la trace du professeur admiré de ses pairs et du militant révolutionnaire parfois aveuglé, Michel Politzer livre de son père une image audacieuse, sans complaisance, terriblement vivante. Celle-là même qu’en esquissait l’écrivain Michel Leiris, se souvenant du rire tonitruant de son camarade devant un film de Chaplin : « Il est certain qu’à côté de Politzer, tous les gens ont l’air de fantoches. » 

Georges Politzer quelques mois seulement avant son arrestation par les pétainistes et les nazis en février 1942.

Georges Politzer quelques mois seulement avant son arrestation par les pétainistes et les nazis en février 1942.

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