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Sécu : ma santé n'est pas une variable d'ajustement

Publié le par Daniel Sario

Par Patrick Apel-Muller 

Travailler plus pour gagner moins et en moins bonne santé. Si l’on en croit le projet de budget de la Sécurité sociale, qu’on nous a présenté jeudi, c’est l’avenir qui est destiné à la France. Après la réforme des retraites et l’imposition aggravée des salariés, l’austérité étrangle la santé. Pour les hôpitaux, essentiels pour la santé des plus démunis, il ne s’agit plus de raboter les dépenses. Un massacre à la tronçonneuse est programmé: 440 millions d’euros de diminution! Toutes les occasions de faire payer les salariés sont bonnes. Malades, ils perdront des droits à une qualité de soins hospitaliers. Cotisants, ils perdront l’avantage fiscal dont ils bénéficient sur les contrats complémentaires en entreprise: leurs impôts en seront alourdis. Parents, ils perdront sur leur quotient familial au point de payer pour les ménages avec enfants 12 % d’impôts supplémentaires, soit un milliard d’euros.

Les entreprises ont des perspectives bien différentes. Alors qu’elles alimentent le chômage qui prive la Sécurité sociale de recettes, leurs cotisations familiales vont être allégées de 0,15 point. C’est autant de moins en rétribution des salariés et une nouvelle dévalorisation du travail. Cette pente est empruntée depuis des années – le taux de cotisation sociale des employeurs sur le Smic est passé de 33 % en 1990 à 4,63 % en 2012 – et elle continue, hélas, à être dévalée par le gouvernement socialiste. L’impasse budgétaire de la Sécurité sociale est due pour l’essentiel à la diminution du coût du travail dont on voit bien qu’elle assèche la croissance sans relancer l’emploi. Elle déverse en revanche des fortunes dans le gouffre des dividendes et des intérêts financiers. Rappelons encore ce chiffre: en 2012, les 500 plus grandes fortunes professionnelles ont augmenté de 25%! Ce ne sont pas les artisans ou les commerçants qui captent les allégements de cotisations et les cadeaux fiscaux ; beaucoup connaissent un sort assez semblable à celui des salariés. Une petite oligarchie met le pays en coupe réglée.

La France n’est pas un cas unique. Aux USA où le taux de chômage et les salaires stagnent, la fortune des 400 Américains les plus riches n’a jamais été aussi grande: 2000 milliards de dollars, 300milliards de plus qu’en 2011, plus du double qu’il y a dix ans, l’équivalent du PIB de la Russie. Le un millième des Américains les plus riches ont capté 60% des richesses créées par la petite reprise économique et les 1% ont accaparé 95%. La crise est une aubaine pour milliardaires et une catastrophe pour la majorité des populations. Pire, si les gouvernements se coulent, comme le fait le nôtre, dans les exigences du patronat –Pierre Gattaz du Medef n’exige-t-il pas que la France devienne «un paradis fiscal» pour les patrons?–, de véritables reculs de civilisation se profilent.

L’augmentation des dépenses de santé n’est pas à combattre, elle est à encourager. Débarrassée des gâchis et des monstrueux profits des multinationales du médicament, cette croissance est un indice et un facteur de développement, au même titre que l’essor de la formation ou des pratiques culturelles. La santé ne peut pas devenir une variable d’ajustement. Face à l’avenir, ce serait un dramatique tête-à-queue.

 

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