Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sourd au monde

Publié le par Daniel Sario

De Patrick Apel-Muller

Jean-Marc Ayrault a entendu les incertitudes du Congrès américain et a pris la précaution de soumettre les frappes françaises à l’existence d’une coalition. Pour le reste, il est resté sourd à ce qui s’est dit ces derniers jours. Rien sur les objurgations du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à respecter la légalité internationale et à ne pas risquer la généralisation de l’embrasement. Pas un mot sur l’ouverture de Vladimir Poutine qui assure aujourd’hui que la Russie réagira vigoureusement si des preuves crédibles de l’utilisation des gaz toxiques par le régime syrien sont rendues publiques aux Nations unies et qui suspend la livraison de missiles à Damas.

Le premier ministre, enfermé dans la perspective de punir Al Assad, n’a pas saisi l’occasion de relancer des démarches diplomatiques pour une solution politique au drame qui ensanglante le Proche-Orient. Rien sur la portée de la violation des règles de sécurité collective par un pays membre du Conseil de sécurité, pas plus sur la dégradation de l’image internationale de la France, désormais auxiliaire suspendue aux décisions américaines. Le président russe a beau jeu de faire la leçon en rappelant que «tout ce qui est hors du Conseil de sécurité est une agression, excepté l’autodéfense. Ce que le Congrès et le Sénat américains font maintenant revient par essence à légitimer une agression. C’est par principe inadmissible».

Rien non plus sur l’affichage public du refus de dialoguer sérieusement avec des pays qui pèsent aussi lourd dans les rapports de forces mondiaux que la Russie, la Chine et l’Iran. La réunion du G20, dans quelques heures, n’est pas même saisie pour relancer des négociations. Rien sur les suites d’une éventuelle intervention et sur la tentation qui pourrait être celle du dictateur syrien d’élargir et d’amplifier le conflit dans toute la région. Rien encore sur les mensonges destinés à justifier des frappes, comme ces propos de John Kerry prétendant, contre toutes les évidences, qu’al-Qaida est absente du conflit.

Nous aurons donc entendu à l’Assemblée nationale l’horreur invoquée dans un plaidoyer pour plus d’horreur encore. Un député EELV – confessant cependant que son groupe n’est pas unanime – a même justifié l’escalade militaire par l’inaction politique antérieure. Quel sophisme ! Et quel paradoxe à invoquer la démocratie quand, en France, la guerre et la paix ne sont pas du ressort du Parlement, réduit au rôle de commentateur, mais reposent entre les mains d’un homme, le président de la République, qui engage le pays contre l’opinion de l’immense majorité des citoyens.

«S’il nous reste des heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe». Ce message de Jaurès au bord de la guerre dans laquelle allait se précipiter le monde, les parlementaires du Front de gauche l’ont fait leur. Le temps presse.

Sourd au monde

Commenter cet article