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Syrie : halte aux fous !

Publié le par Daniel Sario

Par Patrick Apel-Muller
 

Elle s’ébroue, s’étire, se ramasse. La machine de guerre occidentale serait prête à fondre sur la Syrie. Qu’importe les Nations unies ou la légalité internationale ! L’hyperpuissance américaine et ses chevau-légers français ou britanniques préparent, avouent les chancelleries, une « frappe d’admonestation ». La cause est entendue avant même que les inspecteurs de l’ONU aient rendu leur verdict.

Toute une cohorte de commentateurs, d’autant plus martiaux qu’ils ne sont enrôlés que dans des studios télévisés, dessinent le tableau des forces en présence et se pourlèchent d’avance d’une confrontation. L’adversaire est effectivement repoussant et il faut bien être le Front national pour parer Bachar Al Assad des moindres vertus. D’un massacre à l’autre, il dessine un sillage de sang. Faut-il, pour s’en débarrasser, faire prendre aux peuples de cette région les risques insensés d’un embrasement ? Au bord du précipice, il est urgent de réfléchir et impératif de se remémorer les précédents funestes.

Quels furent les résultats des interventions en Afghanistan, en Irak ou en Libye ? Dans le premier cas, les talibans se sont renforcés et la retraite des troupes occidentales s’accomplit sur un fond d’insécurité générale. Dans le deuxième, le régime de Saddam Hussein a été remplacé par un chaos ravagé par les attentats, les affrontements ethnico-religieux, les liquidations sommaires. Enfin, par la grâce des bombardements diligentés par Nicolas Sarkozy, la Libye vit dans la guerre des tribus et son Sud est le sanctuaire d’une barbarie islamiste qui alimente en armes et en troubles toute cette région du monde, du Nigeria au Mali, en passant par la Tunisie, l’Égypte, l’Algérie et la Mauritanie. Bravo pour les stratèges subtils, auxquels veulent s’ajouter, semble-t-il, Laurent Fabius et François Hollande.

L’horreur des armes chimiques s’est déjà manifestée durant les dernières décennies. À l’heure où le régime de Damas et son opposition se rejettent la responsabilité du crime, que des « quasi-certitudes » sont invoquées plutôt que des « preuves tangibles » de culpabilité, il n’est pas inutile de se souvenir des manipulations des autorités américaines, comme cette fiole soi-disant emplie d’armes de destruction massive, brandie par Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir son acceptation de la guerre en Irak. Plus grave encore, qui peut oublier comment les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne qui fabriquait les gaz ont soutenu Saddam Hussein lorsqu’il gazait ses ennemis iraniens ou les Kurdes dans son propre pays ? La vertu outragée connaît des éclipses dictées par de solides intérêts.

L’escalade militaire est sans issue. Déjà le conflit a contaminé le Liban et l’on nous dit que des forces américaines, israéliennes et jordaniennes encadrent des forces de l’ASL sur le sol syrien. Ajouter la guerre à la guerre démultiplierait encore le conflit. La seule solution pour écarter les menaces qui pèsent sur la paix mondiale est politique et elle est ce que redoute le plus Assad, dont le pouvoir se nourrit de la confrontation. à l’heure des périls, les gouvernants français devraient se souvenir de l’avertissement de Jaurès à ceux qui prétendent « donner la liberté au monde par la force : (c’)est une étrange entreprise pleine de chances mauvaises. En la donnant, on la retire ».

Syrie : halte aux fous !

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