Vote de la Loi de programmation militaire : Lobby des armes et logique de guerre
La droite a adopté la loi de programmation militaire, qui
supprime des dizaines de milliers de postes tout en prévoyant 186 milliards pour le surarmement
La défense nationale mise aux normes de l'OTAN, tel est l'objet de la loi de programmation militaire (LPM) pour les années 2009-2014 que la majorité de droite de l'Assemblée nationale a adoptée hier lors d'un vote solennel en conclusion de plusieurs jours de débats. Le texte a été acquis par 313 voix (UMP et Nouveau Centre) contre 173 (PS, PCF, PG et Verts).
Cette loi découle du livre blanc, qui avait provoqué l'an dernier une levée de boucliers d'élus locaux de toutes tendances qui protestaient contre la suppression prévue de 54 000 postes de fonctionnaires dans le cadre de la fermeture de quelques 85 bases militaires. Loin d'être motivée par des préoccupations pacifistes, cette saignée participe du dogme de l'allégement des effectifs dans toute la fonction publique.
Un examen plus approfondi de la nouvelle carte militaire que l'Humanité avait publiée à l'été 2008 montre que l'hémorragie d'emplois touche particulièrement les secteurs de maintenance et de soutien logistiques susceptibles d'être confiés au privé. Interpellé lors de la question de la séance des questions au gouvernement sur la part belle faite au privé et aux marchands d'armes, le secrétaire d'Etat Jean-Marie Bockel a défendu la concurrence entre privé et public sur les marchés ouverts par "la participation de la France à des opérations extérieures avec nos alliés".
Un changement radical de doctrine militaire. Alors, d'un côté, la loi prévoit de consacrer à la défense 186 milliards d'euros au cours des cinq prochaines années et, de l'autre, une réduction drastique du nombre des militaires. En réalité, la LPM est la traduction d'un changement radical de doctrine. On passe du concept de défense nationale, impliquant un système militaire réparti sur le territoire, à un concept offensif avec des troupes et du matériel dédiés aux opérations extérieures.
Cette loi est donc particulièrement dangereuse, comme l'a dénoncé Jean-Jacques Candelier, député communiste du Nord, qui a défendu la position d'élus du PCF et du PG lors de la séance solennelle : "on abandonne des pans entiers de maîtrise publique, a-t-il dit. On prépare la privatisation de nos fleurons nationaux DCNS et SNPE et on accroît le recours aux partenariat public-privé". Le gouvernement veut en quelque sorte "requalifier les intérêts privés" des grands groupes capitalistes en "intérêts vitaux de la nation".
Les changements apportés à la doctrine de défense sont concomitants avec le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN plus de quarante ans après que le général de Gaulle eut décidé, en 1966, de quitter ces instances au nom du devoir d'indépendance. Nicolas Sarkozy a annoncé sa volonté de rompre avec ce legs du gaullisme, au sommet de l'OTAN de Bucarest (avril 2008), décision qui devait être officilisée en avril dernier à la réunion de Strasbourg, soumise pour l'occasion à un quasi-état de siège.
La France occupe désormais une place vassale dans le dispositif impérialiste de l'OTAN, un rôle de sous-traitant des Etats-Unis. A preuve l'installation d'une base militaire à Abu Dhabi face à l'Iran, qui est, a rappelé Jean-Claude Candelier, la première base créée à l'étranger depuis la finde l'ère coloniale. Préfigure-t-elle, dans un endroit stratégique et hautement pétrolifère, une possible participation de la France à des frappes américaines ou israéliennes ? s'est inquiété le député communiste.