L'implantation d'Agrexco à Sète au détriment des Palestiniens, des agriculteurs régionaux et de la morale
71 associations et organisations, dont les collectifs palestiniens en France, la Confédération Paysanne, le PCF, les Verts (1), le PG et le NPA appellent à se rassembler et à manifester ce jeudi 25 juin devant le Conseil régional qui sera, ce jour là, en séance plénière pour examiner l'implantation sur le port de Sète de l'exportateur israélien n°1 de fruits, légumes et fleurs Agrexco dont l'essentiel des produits provient des colonies installées en territoires occupés. Les manifestants font également valoir la concurrence que ces importations auront sur l'agriculture régionale, mais aussi le problème de morale politique que soulève cet accueil.
En février dernier, Georges Frêche, président du Conseil régional Languedoc-Roussillon, confirmait l'arrivée sur le port de Sète d'Agrexco, le premier exportateur de produits agricoles frais d'Israël (2). Jusqu'à lors installé sur le port autonome de Marseille, Agrexco débarque finalement en compagnie de l'opérateur portuaire italien GF Group, propriété de la famille Orsero, qui ne semblant plus supporter les revendications des dockers marseillais a décidé de se tourner vers Sète. Shlomo Tirosh, directeur général d'Agrexco estime que "200 000 tonnes minimum de fruits et légumes et 22.000 conteneurs par an" devraient arriver à Sète dès l'ouverture du terminal en septembre 2010. De son côté, Antonio Orsero, le président de GF Group annonce qu'à "Sète, nous espérons rapidement monter à 400.000 tonnes de fruits et créer environ 200 emplois en cinq ans".
Outre le fait, tout de même, que cette opération est le fruit (si on ose) d'une délocalisation de Marseille vers Sète, elle présente deux autres grands inconvénients. Le premier tient à la politique internationale. Il est en effet reconnu que les produits frais exportés d'Israël par Agrexco sous les marques Carmel, Jaffa ou Star Ruby, proviennent pour 70% des kibboutzim (colonies) installées dans les territoires occupés de Cisjordanie. Un fait révélé malencontreusement par Amos Orr, le directeur général de cette société pour le Royaume-Uni, à l'occasion d'un procès qui s'est tenu à Londres en 2006. Les rédacteurs de l'appel à la manifestation du 25 juin ont donc le droit pour eux, puisque la politique colonialiste d'Israël est condamnée tant par l'ONU que par le Parlement européen et la Cour internationale de Justice de la Haye.
Le deuxième bonne raison soulevée par les 71 signataires de l'appel est d'ordre économique et écologique. "Comment trouver normal avec la crise économique et écologique que nous subissons de faire traverser la Méditerranée à des tomates, des légumes, des fruits, sans parler des fleurs" s'insurgent les opposants à cette implantation en précisant, comme la Confédération paysanne que "les importations massives de légumes subventionnés en Israël vont contribuer à accélérer la disparition de centaines d'exploitations de maraîchers et arboriculteurs locaux". Des produits importés au demeurant très OGéMisés puisque Israël occupe le 6ème rang mondial pour ce genre de culture. Et puis, la question se pose : les deux cents emplois promis par Antonio Orsero sont-ils réels ou bien est-ce de l'esbrouffe pour faire passer le morceau en ces temps de vaches maigres, surtout sur les quais de Sète où l'activité n'est pas brillante? Antoine Montoyar, docker Cgt de Marseille expliquait en janvier 2009, lors du départ d'Agrexco pour le port de Savone Vado (3) : "ça représente entre 12 000 et 14 000 journées de travail". Moins de 60 emplois à temps plein. En clair, sur le plan strictement économique, le deal ne paraît pas très convaincant surtout s'il doit entraîner des fermetures d'exploitations agricoles locales.
Enfin, comment ne pas éprouver un certain écoeurement puisque au moment même où Georges Frêche s'empressait d'annoncer ce contrat, les bombes israéliennes écrasaient hommes, femmes et enfants palestiniens. "En 22 jours, 1315 tués dont 433 enfants, 6000 blessés dont une écrasante majorité de civils, et la destruction des habitattions et infrastructures de santé, d'enseignement,..." rappellent les 71. Est-ce qu'un tel carnage, un tel acharnement contre le peuple palestinien ne méritent-ils d'être condamnés, autrement que par des "jérémiades", en boycottant les produits exportés des colonies israéliennes de la vallée du Jourdain ? Apparemment, Georges Frèche n'a pas ce genre d'état d'âme lui qui déclarait le 20 mai : "je n'ai pas l'habitude de mêler la politique et l'économie. le port de Sète aura des relations commerciales aussi bien avec Israël qu'avec la Turquie, l'Egypte, le Maroc ou tout autre pays arabe ou musulman". Business is business.
Note :
1. Contrairement à ce que certaines mauvaises langues avaient prétendu les élus Verts et communistes du conseil régional LR soutiennent l'actiondu 25 juin comme en témoignent leurs déclarations reprises par le site www.protection-palestine.org
2. La mise en service est envisagée pour septembre 2010 et GF Group devrait investir plus de 25 millions d'euros, notamment dans un entrepôt frigorifique de 19.000 m2, qui sera étendu de 5.000 m2 en 2015. La région Languedoc-Roussillon, propriétaire du port depuis janvier 2007, s'est engagée de son côté à financier un second portique à conteneurs et à réaliser un nouveau quai pour 2015, actions évaluées à 40 millions d'euros.
3.Savone vado en Italie est la base du groupe Orsero qui sert de terminal, depuis le départ de Marseille et en attendant l'ouverture de Sète.