Affaire Clearsteam : le procès hors-normes
Nous saurons peut-être quel cerveau machiavélique a conçu cette manipulation.
C'est une simple affaire de dénonciation anonyme. Une de ces milliers de méchantes affaires qui encombrent les tribunaux correctionnels dans un pays qui, à l'instigation de la politique, de la justice et de la police, a élevé la lettre anonyme au rang d'oeuvre d'art. C'est pourtant une de ces affaires qui va déboucher sur le procès Clearstream. Il va réunir du 21 septembre au 23 octobre, pour un procès a grand spectacle, dans la salle où a été condamnée la reine Marie-Antoinette, le gratin de la politique, la crème du monde des affaires, l'élite des avocats, le sommet de la magistrature. Et aussi quelques gredins.
C'est, nul n'en doute, la recherche de la vérité dans une affaire bien compliquée qui va attirer ce beau monde au palais de Justice de Paris. Le procès Clearstream devrait permettre - peut-être - de savoir enfin qui a fabriqué les fameux fichiers falsifiés remis au Juge Renaud Van Ruymbeke, par lesquels plusieurs dizaines de responsables politiques, d'industriels, d'hommes des services de renseignements et de personnalités, comme l'éditrice Odile Jacob, la chanteuse Alizée et l'actrice Laetitia Casta, ont été faussement accusés de détenir, auprès de la chambre de compensation internationale Clearstream, des comptes alimentés par d'occultes commissions issues de la vente de frégates à Taiwan par Thomson CSF (devenu Thales).
Nous saurons - peut être - après ce procès, clôturant un feuilleton ayant tenu en haleine la France entière pendant quatre ans, de 2004 a 2008, après avoir affolé auparavant pendant de longs mois les plus hautes autorités de l'Etat, quel cerveau machiavélique a conçu cette manipulation. Et aussi pourquoi. C'est cette recherche qui va mobiliser les ardeurs du Président du tribunal Dominique Pauthe et du procureur de Paris, Jean-Claude Marin lui-même, qui requerra au nom de l'Etat.
Ce procès restera également fameux parce que les acteurs ne sont pas banals. Une des parties civiles n'est autre que Nicolas Sarkozy, président de la République en exercice. Une autre est le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Une troisième, Bernard Squarcini, est patron du renseignement intérieur. Un des accusés, Dominique de Villepin, est ancien Premier ministre. Un autre, Jean-Louis Gergorin, a été l'un des dirigeants d'un des principaux groupes mondiaux de défense, EADS, maison-mère d'Airbus.
La personne qui a déclenché la première enquête et qui connaît le mieux le dossier est Michèle Alliot-Marie, actuel ministre de la Justice. Pour cette raison, elle ne pourra apporter ses lumières au procès. Si l'on ajoute que le témoignage du précédant président de la République a été sollicité par les juges - Jacques Chirac a refusé de leur parler - chacun pourra constater que le procès Clearstream est l'une de ces affaires judiciaires hors norme dont la France - et elle seule - a le secret. Elle l'est d'autant plus que ce procès permettra - certainement - de savoir pourquoi et comment le ou les maîtres d'oeuvre de cette manipulation ont déclenché - peut-être sans le vouloir - trois bouleversements historiques.
C'est une simple affaire de dénonciation anonyme. Une de ces milliers de méchantes affaires qui encombrent les tribunaux correctionnels dans un pays qui, à l'instigation de la politique, de la justice et de la police, a élevé la lettre anonyme au rang d'oeuvre d'art. C'est pourtant une de ces affaires qui va déboucher sur le procès Clearstream. Il va réunir du 21 septembre au 23 octobre, pour un procès a grand spectacle, dans la salle où a été condamnée la reine Marie-Antoinette, le gratin de la politique, la crème du monde des affaires, l'élite des avocats, le sommet de la magistrature. Et aussi quelques gredins.
C'est, nul n'en doute, la recherche de la vérité dans une affaire bien compliquée qui va attirer ce beau monde au palais de Justice de Paris. Le procès Clearstream devrait permettre - peut-être - de savoir enfin qui a fabriqué les fameux fichiers falsifiés remis au Juge Renaud Van Ruymbeke, par lesquels plusieurs dizaines de responsables politiques, d'industriels, d'hommes des services de renseignements et de personnalités, comme l'éditrice Odile Jacob, la chanteuse Alizée et l'actrice Laetitia Casta, ont été faussement accusés de détenir, auprès de la chambre de compensation internationale Clearstream, des comptes alimentés par d'occultes commissions issues de la vente de frégates à Taiwan par Thomson CSF (devenu Thales).
Nous saurons - peut être - après ce procès, clôturant un feuilleton ayant tenu en haleine la France entière pendant quatre ans, de 2004 a 2008, après avoir affolé auparavant pendant de longs mois les plus hautes autorités de l'Etat, quel cerveau machiavélique a conçu cette manipulation. Et aussi pourquoi. C'est cette recherche qui va mobiliser les ardeurs du Président du tribunal Dominique Pauthe et du procureur de Paris, Jean-Claude Marin lui-même, qui requerra au nom de l'Etat.
Ce procès restera également fameux parce que les acteurs ne sont pas banals. Une des parties civiles n'est autre que Nicolas Sarkozy, président de la République en exercice. Une autre est le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Une troisième, Bernard Squarcini, est patron du renseignement intérieur. Un des accusés, Dominique de Villepin, est ancien Premier ministre. Un autre, Jean-Louis Gergorin, a été l'un des dirigeants d'un des principaux groupes mondiaux de défense, EADS, maison-mère d'Airbus.
La personne qui a déclenché la première enquête et qui connaît le mieux le dossier est Michèle Alliot-Marie, actuel ministre de la Justice. Pour cette raison, elle ne pourra apporter ses lumières au procès. Si l'on ajoute que le témoignage du précédant président de la République a été sollicité par les juges - Jacques Chirac a refusé de leur parler - chacun pourra constater que le procès Clearstream est l'une de ces affaires judiciaires hors norme dont la France - et elle seule - a le secret. Elle l'est d'autant plus que ce procès permettra - certainement - de savoir pourquoi et comment le ou les maîtres d'oeuvre de cette manipulation ont déclenché - peut-être sans le vouloir - trois bouleversements historiques.
Le premier est politique. L'enquête des juges, en se rapprochant de Dominique de Villepin avant l'élection présidentielle de 2007, a peu à peu éloigné de lui
tout soutien politique. Sa mise en examen a réduit ses troupes à quelques grognards en demi-solde. Que le procès se solde par sa condamnation, et son avenir politique s'achèvera. En ce sens,
l'affaire Clearstream a soldé la rivalité - la haine séculaire - entre les deux grandes familles de la droite, celle que l'historien René Rémond a appelé les Orléanistes - en l'espèce les
giscardo-balladuro-sarkoziens - et les Bonapartistes - ici les chiraco-villepinistes. Au bénéfice de ces premiers se clôt une violente guerre débutée en ... 1974.
Le deuxième bouleversement est industriel. La création d'un grand groupe de défense, d'aéronautique et de spatial a été le rêve longtemps poursuivi par certains industriels français, au premier rang desquels Jean-Luc Lagardère. En créant EADS, dans une alliance franco-allemande, ils atteignaient leur but. Les Français dirigeaient le concurrent des Américains. La révélation des turpitudes supposées de Jean-Louis Gergorin, l'un des principaux dirigeants français d'EADS, et les menées obscures d'Imad Lahoud, responsable d'un des centres de recherches les plus secrets du groupe, ont incité les dirigeants allemands d'EADS, justement offusqués, à nettoyer en urgence ces écuries d'Augias et, pour cela, se sont emparés, de fait, de la direction du groupe. L'affaire Clearstream a mis à bas la belle construction gaullienne de Lagardère.
La troisième conséquence est plus obscure car elle concerne le monde opaque des services de renseignement. Nicolas Sarkozy a été persuadé que la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) avait effectuée une ''enquête'' secrète sur la véracité des listings sans l'informer des résultats - qui le blanchissait. Le futur président de la République en a conçu une aversion profonde contre ce service accusé de rouler pour son rival Villepin. Dans le même temps, il a conçu de forts soupçons a l'encontre d'Yves Bertrand, le patron des RG, carrément soupçonné d'être proche de la manipulation. Une fois au pouvoir, il tranche et décide de regrouper les deux services sous la direction d'un fidèle d'entre les fidèles, Bernard Squarcini.
Cette réforme, porteuse d'efficacité, était envisagée depuis une bonne vingtaine d'années, sans qu'aucun ministre de l'Intérieur ne se risque a la mettre en oeuvre. En revanche, l'affaire a grandement affaibli les « services ». Les perquisitions menées par les juges dans les locaux de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure, le service d'espionnage français) ont porté un coup sérieux à la crédibilité de ce service auprès de ses homologues étrangers. Tandis que les affaires économiques sont, depuis 2007, regardées avec beaucoup de prudence à la DCRI, héritière de la DST et des RG. Cette affaire de dénonciation calomnieuse est donc tout sauf banale. Ce procès promet d'être lui aussi hors norme.
Le deuxième bouleversement est industriel. La création d'un grand groupe de défense, d'aéronautique et de spatial a été le rêve longtemps poursuivi par certains industriels français, au premier rang desquels Jean-Luc Lagardère. En créant EADS, dans une alliance franco-allemande, ils atteignaient leur but. Les Français dirigeaient le concurrent des Américains. La révélation des turpitudes supposées de Jean-Louis Gergorin, l'un des principaux dirigeants français d'EADS, et les menées obscures d'Imad Lahoud, responsable d'un des centres de recherches les plus secrets du groupe, ont incité les dirigeants allemands d'EADS, justement offusqués, à nettoyer en urgence ces écuries d'Augias et, pour cela, se sont emparés, de fait, de la direction du groupe. L'affaire Clearstream a mis à bas la belle construction gaullienne de Lagardère.
La troisième conséquence est plus obscure car elle concerne le monde opaque des services de renseignement. Nicolas Sarkozy a été persuadé que la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage) avait effectuée une ''enquête'' secrète sur la véracité des listings sans l'informer des résultats - qui le blanchissait. Le futur président de la République en a conçu une aversion profonde contre ce service accusé de rouler pour son rival Villepin. Dans le même temps, il a conçu de forts soupçons a l'encontre d'Yves Bertrand, le patron des RG, carrément soupçonné d'être proche de la manipulation. Une fois au pouvoir, il tranche et décide de regrouper les deux services sous la direction d'un fidèle d'entre les fidèles, Bernard Squarcini.
Cette réforme, porteuse d'efficacité, était envisagée depuis une bonne vingtaine d'années, sans qu'aucun ministre de l'Intérieur ne se risque a la mettre en oeuvre. En revanche, l'affaire a grandement affaibli les « services ». Les perquisitions menées par les juges dans les locaux de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure, le service d'espionnage français) ont porté un coup sérieux à la crédibilité de ce service auprès de ses homologues étrangers. Tandis que les affaires économiques sont, depuis 2007, regardées avec beaucoup de prudence à la DCRI, héritière de la DST et des RG. Cette affaire de dénonciation calomnieuse est donc tout sauf banale. Ce procès promet d'être lui aussi hors norme.
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