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Tunisie: la Constitution fêtée sur fond de tensions

Publié le par Daniel Sario

C’est dans une Tunis hautement sécurisée à la suite de la mort de sept terroristes que les autorités vont célébrer vendredi l’adoption de la Constitution en présence de nombreux invités étrangers.

François Hollande, invité avec de nombreux chefs d’État et de gouvernement étrangers, participera demain vendredi à la cérémonie officielle d’adoption de la nouvelle Constitution qui aura lieu dans le cadre d’une séance plénière extraordinaire au Parlement tunisien. Celle-ci aura donc lieu, sous haute surveillance, un an et un jour après l’assassinat du dirigeant de gauche Chokri Belaïd, le 6 février 2013, un anniversaire que les partis de gauche et progressistes tunisiens et la société civile commémoreront durant trois jours, du 5 au 7 février. Le chef de l’État français profitera de l’occasion pour faire avancer le dossier de la vente de six hélicoptères EC725 Caracal destinés aux forces spéciales tunisiennes pour un montant de 300 millions d’euros, croit savoir la Tribune.fr. Maintes fois évoqué entre Français et Tunisiens, ce dossier n’a, semble-t-il, pas beaucoup progressé.

Nouvelles élections législatives à la fin 2014. La brève visite du chef de l’État français – la deuxième après celle effectuée en juillet dernier – intervient dans un tout autre contexte. Outre le fait que la Tunisie se soit dotée d’une nouvelle Constitution qui a consacré les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme, ouvrant une nouvelle ère pour ce pays, le chef de l’État aura face à lui un gouvernement composé de personnalités non partisanes et surtout non islamistes, dont la fonction essentielle sera de gouverner le pays jusqu’à l’organisation de nouvelles élections législatives prévues au plus tard fin 2014, selon la feuille de route signée par les islamistes d’Ennahdha et l’opposition de gauche et progressiste, sous le parrainage de la centrale syndicale UGTT. Et ce, dans un climat sécuritaire et socio-économique préoccupant.

Des milices proches du parti Ennahdha ont toujours pignon sur rue à Tunis. La veille de l’anniversaire de la mort de Chokri Belaïd, un affrontement entre les forces tunisiennes et un groupe islamiste armé dans la banlieue de Tunis s’est soldé par la mort de sept terroristes, dont l’assassin présumé de Belaïd et la mort de deux policiers. De ce fait, depuis deux jours, Tunis, où la sécurité a été renforcée, est sous haute surveillance sécuritaire. Les noyaux armés d’Ansar Charia embusqués dans les monts Chambâa à la frontière algérienne n’ont pas été démantelés. La frontière avec la Libye par où transitent armes et combattants est loin d’être sécurisée. Au plan politique, en donnant leur accord à une Constitution qui ne les satisfait pas entièrement, les islamistes d’Ennahdha et leurs alliés, qui ont lâché d’une main ce qu’ils comptent reprendre de l’autre, n’ont pas dit leur dernier mot. Le 24 janvier, ils étaient d’ailleurs plus d’un millier à fustiger en plein centre de Tunis «la Constitution malfaisante» ! Qui plus est, les Ligues de protection de la révolution (LPR, milices proches du parti Ennahdha), dont la dissolution est fortement réclamée par les forces progressistes et la société civile, ont toujours pignon sur rue dans le quartier Tadhamoun de Tunis (près d’un million d’habitants) et dans plusieurs villes et localités du pays.

L'UGTT n’entend pas faire de cadeaux sur le plan social au nouveau gouvernement. Au plan socio-économique, le nouveau gouvernement tunisien, qui escomptait une trêve sociale, s’est vu opposer un net refus de la centrale syndicale UGTT. Cette dernière, qui s’est impliquée politiquement pour une sortie de crise, n’entend pas faire de cadeaux sur le plan social au nouveau gouvernement. Le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Sami Tahri, a été on ne peut plus clair : la centrale syndicale attend du gouvernement l’annonce de mesures au profit des catégories pauvres et à faible revenu avant de se prononcer sur une possible trêve sociale.

La nouvelle Constitution consacre un exécutif bicéphale et accorde une place réduite à l’islam. Elle introduit aussi pour la première fois dans le monde arabe un objectif de parité hommes-femmes dans les assemblées élues.

La nouvelle Constitution consacre un exécutif bicéphale et accorde une place réduite à l’islam. Elle introduit aussi pour la première fois dans le monde arabe un objectif de parité hommes-femmes dans les assemblées élues.

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