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Volkswagen et les autres... Comment on nous enfume !

Publié par Daniel Sario

PHOTO : JOHN MACDOUGALL / AFP
PHOTO : JOHN MACDOUGALL / AFP
L'affaire Volkswagen, au-delà du scandale international, révèle les failles de notre système de conception des normes et de leurs modes de contrôle. L'industrie automobile n'est probablement pas la seule touchée. Malgré des milliers de normes censées s'imposer aux différentes filières industrielles, certains peuvent se permettre de tricher, comme l'avait déjà démontré le scandale de la viande de cheval. Par Diégo Chauvet

La pointe émergée de l'iceberg ? Si l'affaire Volkswagen, révélée aux États-Unis, a déclenché en premier lieu une tempête boursière sur le groupe allemand, c'est toute l'industrie automobile qui se retrouve suspectée d'enfumage. Au-delà, pour nombre de nos biens de consommation, leurs normes nous paraissent le plus souvent obscures. Une absence de connaissances qui fait qu'au quotidien, nous devons faire confiance aux industriels et aux organismes de contrôle.

Le cas de Volkswagen est édifiant. Le constructeur allemand a réussi à gruger les organismes de contrôle aux États-Unis : 482 000 véhicules sont concernés. Il a fallu qu'une étude, lancée par une université, soulève des incohérences entre les résultats des tests de pollution et la réalité, c'est-à-dire l'utilisation des moteurs au quotidien. De là, une enquête a été ouverte, qui a abouti au scandale international...

En France, les soupçons se portent désormais sur 1,1 million de véhicules vendus pa r le groupe entre 2009 et 2015, et concernent des modèles de Volkswagen mais aussi des Audi, des Seat, des Skoda... Et avec la révélation de ce scandale, c'est le groupe Bosch, équipementier allemand, qui pourrait se retrouver dans la tourmente, alors que des informations laissent entendre qu'il aurait fourni le logiciel permettant de truquer les fameux tests. Mais l'industrie automobile n'est pas la seule à risquer de se retrouver sur la sellette. En France également, l'affaire de la viande de cheval avait fait scandale et soulevé la question de la fiabilité des contrôles dans l'industrie agroalimentaire : fin 2013, un réseau de trafic de viande de cheval, laquelle se retrouvait dans des produits surgelés censés être à base de boeuf, avait été démantelé, déclenchant une tempête médiatique.

Visiblement, donc, certains trichent. Et chaque fois, la triche est de grande ampleur... Elle est d'autant plus facilitée que le système destiné à établir des normes est un véritable millefeuille. Il est constitué d'organismes nationaux, européens et internationaux. En France, c'est l'AFNOR, association d'utilité publique, qui édicte les normes françaises (NF) depuis sa création, en 1926. Au niveau européen, c'est le CEN (Comité européen de normalisation) qui décide des règles à respecter. Enfin, au niveau international, c'est l'ISO (Organisation internationale de normalisation) qui établit et publie les normes internationales.

Ces normes s'appliquent à la fois aux biens et aux services. On en compte ainsi des dizaines de milliers... Quel que soit l'échelon, elles sont établies par des comités d'experts. Des associations de consommateurs, des universitaires peuvent y participer. Mais il s'agit d'un monde de spécialistes. Ce que nous confirme le salarié d'une entreprise fournisseur de matériaux d'isolation thermique pour les industriels du bâtiment. Dans son secteur, le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment), organisme parapublic, veille aux normes. « Mais, par manque de connaissances, ils font souvent appel à des experts indépendants », explique notre source.
« Ils forment des groupes spécialisés, mais le problème c'est que beaucoup parmi eux travaillent aussi pour les industriels. Tout repose donc sur la bonne volonté individuelle pour éviter les conflits d'intérêts. » Et de nous citer l'exemple des constructions parasismique : « C'est le tiers du territoire français qui est concerné par ces normes. Mais nous n'avons pas l'expertise des Japonais en la matière. C'est donc une poignée d'experts qui fait la pluie et le beau temps. » Et lorsqu'un produit est autorisé par un organisme de contrôle, « personne ne sait précisément ce qu'il y a dedans, et il n'y a pas moyen de le savoir ».

Trop de normes ? « Il y en a de plus en plus et elles sont de plus en plus pointues. Même s'il y a la volonté de créer ces normes et de les appliquer, personne n'a envie de payer l'addition. De l'industriel au client final... » Ce salarié, dans son travail quotidien, a tout de même le sentiment que la limite dans la prise de liberté avec les normes, « c'est la santé ou la vie des gens ». Lorsqu'on lit les études inquiétantes sur les conséquences de la pollution de l'air sur la santé humaine, il y a pourtant lieu de s'inquiéter. La revue « Nature » publiait ainsi, le 17 septembre, une étude approfondie révélant que la pollution atmosphérique fait plus de morts que le sida et le paludisme réunis... Quelle serait donc la solution ?

Peut-être commencer par s'en prendre aux campagnes de greenwashing, discipline de communication qui consiste à faire passer un produit polluant pour un produit écolo parce que moins polluant que d'autres. La production, surtout à l'échelle industrielle, est polluante de toute façon. Il reste à savoir dans quelle mesure, et à en réduire l'impact le plus possible. C'est donc probablement tout le système de « normalisation » qui est à revoir.

Selon le salarié que nous citions plus haut, « le problème est que les commissions qui édictent les normes sont à la fois prescripteurs et fournisseurs des industriels (lorsque ceux-ci leur demandent une homologation). Si l'on veut que ça fonctionne mieux, la personne qui fait la norme ne doit pas être celle qui la contrôle. En somme, il faut des organismes de contrôle indépendants ». Indépendants du monde de l'industrie, oui. Mais peut-être aussi davantage contrôlés sur un plan «citoyen». De façon à ce que les experts ne restent pas les seuls «sachant» dans ce dédale complexe.