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La sénatrice Michèle Demessine (PCF) au secours des retraités

Publié le par Daniel Sario

La sénatrice Michèle Demessine (PCF) au secours des retraités
A la tête d'une délégation, la sénatrice communiste du Nord, Michelle Demessine a rencontré le conseiller social du Président de la République à propos du retard dans le versement des retraites par la caisse Nord-Picardie. Un scandale qui plonge des centaines de retraités dans la misère et les ennuis. Elle a obtenu la promesse d'une aide exceptionnelle de 800 euros.

«C’est plutôt bien ! » a reconnu hier la sénatrice communiste Michelle Demessine à l’annonce d’un déblocage d’une aide exceptionnelle de 800 euros par le ministère de la Santé à tous les retraités dont le dossier en souffrance n’a pas permis le versement de leur pension depuis des mois. La bonne nouvelle est arrivée à l’issue d’un rendez-vous avec le conseiller du président de la République, qui avait reçu pendant une heure la sénatrice et une délégation d’associations de solidarité (Secours populaire, Secours catholique, Croix-Rouge française, Droit au logement, Restos du cœur et la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de Guînes). Le conseiller les a entendus raconter comment, depuis des mois, des milliers de personnes dans la région Nord-Pas-de-Calais vivent sans revenus à la suite de dysfonctionnements de la Carsat Nord-Picardie. La caisse d’assurance retraite (ex-Cram) est débordée par d’innombrables dossiers en retard de traitement. Les conséquences sont dramatiques.

On veut juste que notre retraite soit versée, juste notre dû. Michel Guillard souffre depuis avril de l’engorgement des dossiers dans le Nord. Sa femme aussi. « On est à la dérive. La situation est terrible : depuis le printemps, mon mari devrait être en retraite. Mais il n’a touché encore aucune pension. » Son époux a travaillé à l’usine dès l’âge de seize ans. Aujourd’hui, l’homme est « écœuré ». Il avait cotisé plus que nécessaire lorsqu’il a quitté sa petite société de maintenance industrielle à Dunkerque. Polyarthrite, excroissance osseuse : après une carrière longue, Michel Guillard avait gagné le droit à une retraite à soixante ans. Sa femme a quitté son emploi au même moment pour s’occuper des petits-enfants, parce que « c’était dans l’ordre des choses ». Mais, aujourd’hui, le couple vit avec la prime de départ du mari et « cinq bons de 8 euros par semaine pour aller faire les courses », que lui verse l’assistante sociale. Celle-ci a par ailleurs ouvert un dossier RSA (revenu de solidarité active) depuis deux mois, mais Patricia Guillard n’a « encore rien reçu ». « À quoi ça sert ? se froisse-t-elle. On veut juste que notre retraite soit versée. On ne demande pas l’aumône. Juste notre dû. » Une histoire comme celle-là, Patricia Duvieubourg en a rapporté plusieurs au conseiller de l’Élysée. Cette responsable de l’association Saint-Vincent-de-Paul, à Fiennes, dans le Pas-de-Calais, a tiré la première le signal d’alarme. « D’habitude, ce sont des gens sans travail qui viennent nous demander de l’aide. Pas des retraités. Mais là, ils n’ont plus rien dans le frigo. À 62-63 ans, certains ont tenté de se suicider. J’ai essayé de joindre les services sociaux dans les mairies, mais ils n’étaient pas au courant… Les retraités sont venus me voir car je leur réponds, je me déplace chez eux : c’est moins impersonnel, ils ont besoin d’humain. La deuxième retraitée qui est venue me voir attendait sa pension depuis neuf mois. C’est injuste, elle avait honte de demander une aide. Beaucoup sont isolés et ne veulent pas que les voisins sachent qu’ils ne peuvent plus payer leurs factures. Ces retraités ont travaillé toute leur vie, ils ne demandent pas la mendicité. C’est pour moi une atteinte à leur dignité. »

Des dossiers en souffrance venus du Languedoc-Roussillon. « Nous avons voulu alerter sur les conséquences de cette situation, explique Michelle Demessine. Il ne s’agit pas simplement d’un problème de volume de dossiers à absorber. Mais il s’agit de personnes qui se retrouvent sans rien, sans salaire, ni retraite. Leurs droits sociaux sont interrompus. Certains sont menacés d’expulsion et se sont adressés pour la première fois de leur vie à des associations caritatives et de solidarité pour du secours alimentaire. C’est scandaleux. » Depuis septembre, la sénatrice s’indigne « des délais insupportables » subis par ces retraités pour le versement de leur pension. Il y a trois mois, elle avait écrit à la ministre de la Santé pour demander de leur verser d’urgence « une avance qui sera aisément remboursable une fois qu’ils auront reçu leur retraite ». Mais Marisol Touraine avait assuré que tout allait rentrer dans l’ordre. Malheureusement, la situation a empiré. Même le défenseur des droits s’en était inquiété en début d’année auprès du directeur de la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse) et avait demandé de prévoir un dispositif de versement d’avance pour les assurés les plus vulnérables. Sans effet. « Il y a quinze ans, reprend la sénatrice du Nord, les caisses étaient autonomes et pouvaient verser des aides d’urgence. » Mais depuis 1996, les Carsat sont sous tutelle de l’État, qui centralise et évalue les enveloppes régionales. Aux Carsat de rentrer dans les clous. En 2012, un rapport de la Cour des comptes a pointé des erreurs dans les cas traités par la Caisse Nord-Picardie. Des mesures ont été prises : la moitié des dossiers doivent désormais être contrôlés une seconde fois, les fiches de paie des anciennes années revérifiées, etc. En 2014, le nombre de demandes a aussi fortement enflé sous l’effet du papy-boom et des nombreuses «carrières longues» dans la région. Pour examiner les documents, les heures supplémentaires n’ont pas suffi face aux non-remplacements de postes et aux sous-effectifs dénoncés par les syndicats. Ces points ont été abordés avec le conseiller du président, qui a reconnu l’urgence financière et la désorganisation de la Carsat. « Il s’est engagé à jouer son rôle auprès des ministères et de la Cnav », s’est réjouie Michelle Demessine. Un secours financier des autres régions vers la Carsat Nord-Picardie a été envisagé. Mais le temps presse : des dossiers en souffrance venus du Languedoc-Roussillon, d’Ardèche, de la Creuse commencent à émerger.

DERNIERE MINUTE : mesure étendue au Languedoc-Roussillon. Dans un communiqué, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine indique que cette avance de 800 euros est étendue aux retraités du Languedoc-Roussillon confrontés à un retard important dans le versement de leurs pensions. Cette aide sera versée par les deux Caisses d'assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) concernées sur fonds d'action sociale. La ministre demande par ailleurs au directeur de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) de mettre en oeuvre "un plan d'action renforcé" pour mettre un terme à ces retards "avant la fin du mois de janvier 2015". Dans le cadre de ce plan, les personnes ne touchant aucune autre retraite bénéficieront d'"un traitement prioritaire" et les "moyens, y compris humains" alloués au traitement des dossiers seront renforcés dans les deux caisses concernées. "Plusieurs milliers de dossiers" seront traités "en urgence" dans d'autres caisses. On fera remarquer que c'est dans les deux régions françaises les plus touchées par la précarité que se pose ce problème.

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