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L'idiot du village qui se prenait pour un visionnaire

Publié le par Daniel Sario

Photo : la maison du lait
Photo : la maison du lait
Il faut vraiment se méfier des économistes libéraux quand ils se mettent à donner des conseils aux paysans. Surtout quand ils ont été des conseillers de la Commission européenne sous l’influence des lobbies en tous genres. Par Gérard Le Puil


Il se nomme Pierre-André Buigues et il est moins connu du grand public que Nadine Morano . Il est pourtant professeur d’économie à Toulouse Business School et ancien conseiller économique à la Commission européenne. Fort de cette carte de visite, il explique dans Le Monde du 1er octobre « pourquoi l’élevage français perd pied » et nous dit que « faute de vouloir affronter la compétitivité par les prix, les producteurs de l’Hexagone se condamnent au déclin ». Sa référence est l’Allemagne qui augmente sa production de viande pendant que celle de la France diminue. Il note que « dans les coûts d’abattage et de découpe, il y aurait un surcoût de neuf centimes par kilo pour les bovins et de cinq centimes par kilo de porc entre la France et l’Allemagne », au profit ce cette dernière. Mais il se garde bien d’écrire que cette différence est imputable à la présence massive de travailleurs détachés venus d’Europe centrale et nettement moins payés que les travailleurs allemands. Voilà qui n’est pas d’une grande honnêteté intellectuelle.

Faut-il y voir un lien avec son passé de conseiller auprès de la Commission habitué à recevoir des lobbyistes potentiellement corrupteurs qui pré-écrivent maintes directives européennes favorables aux intérêts des firmes et autres groupes d’intérêts qu’ils représentent? Rien n’est impossible dans ce domaine. Le reste de la démonstration de Pierre-André Buigues consiste à expliquer que l’élevage français doit « opérer des restructurations lourdes pour consolider le secteur, ce qui signifie le dépôt de bilan de nombreux élevages de petite taille et l’acceptation d’un élevage intensif. Le procès fait à « la ferme des 1.000 vaches » montre que l’opinion française refuse ce passage à l’industrialisation de l’élevage » déplore-t-il. Lui a choisi son camp de longue date à partir du constat suivant : « L’Europe agricole n’est plus un espace régulé par la politique agricole commune mais par les prix et la compétitivité. L’élevage français n’a plus le choix », affirme-t-il .

Cette brillante démonstration paraît à deux mois de la Conférence de Paris sur le climat. Elle prône la généralisation en France d’un élevage intensif qui augmente considérablement le bilan carbone dans la production de chaque kilo de protéines animales. Car l’élevage intensif passe par la casse de ce qui existe et la construction de nouveau bâtiments. Pour les bovins, ce type d’élevage utilise une alimentation plus granivore qu’herbivore avec tout ce que cela suppose en labours , en engrais azotés , en transports de nourriture de bétail pour des vaches qui ne vont plus au pré, en importations de protéines végétales comme les tourteaux de soja dont la production amplifie la déforestation et le retournement des prairies avec un bilan carbone désastreux. Ainsi, au moment où il devient impératif de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour laisser une planète vivable aux générations futures, le brillant professeur d’économie à Toulouse Business School , qui ne semble disposer d’aucune notion d’agronomie, préconise exactement le contraire de ce qu’il convient de faire aujourd’hui dans le secteur de l’élevage.

Dans la même page du Monde , Stéphane Dubois, professeur de géographie, titre son article sur « l’Europe , idiote de la production laitière mondiale» . Il explique que les concurrents de cette Europe que sont notamment le Canada et les Etats Unis savent maintenir des protections dans la production laitière de leurs pays respectifs, même quand ils négocient des accords de libre échange avec l’Union européenne. « Car, note-t-il fort justement en conclusion de son article, l’avenir de l’agriculture, activité nourricière et gardienne de l’entretien des paysage ruraux, impose un vision dépassant les strictes logiques de marché». Voilà qui remet les propos de Pierre-André Buigues à leur juste place : ceux d’un idiot du village planétaire qui se prend pour un visionnaire.

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