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Retraites en mauvais ordre

Publié le par Daniel Sario

Par Patrick Apel-Muller

L’appétit vient en mangeant. Copieusement servie par la loi sur la flexibilisation de l’emploi, la présidente du Medef veut pousser l’avantage. Laurence Parisot réclame un passage à 43 du nombre des annuités nécessaires pour prendre sa retraite à taux plein d’ici à 2020 et de repousser l’âge légal au-delà de 65 ans. On se rappelle le mot de Jaurès dénonçant le patronat qui « use ses ouvriers jusqu’au squelette dans une lutte inégale ».

Pas de «tabou», ose la madone des marchés. Sauf un : l’augmentation des cotisations patronales. Les géants du CAC 40 ne sont pas inquiets. «Nous disons que le gouvernement a eu le courage de dire qu’il fallait à nouveau une réforme des retraites, il faut désormais qu’il ait la capacité pédagogique de dire pourquoi et vers quelles modifications il faut aller», précise la patronne des patrons en matière de feuille de route pour Jean-Marc Ayrault, qui semble avoir pour elle la plus grande complaisance.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a pourtant vacillé jusqu’à chuter sous les coups de l’immense foule des manifestants contre sa réforme des retraites, qui lui ont fait payer dans les urnes son passage en force. Ils ne voulaient pas se laisser entraîner sur un chemin de régressions sociales. Croit-on à l’Élysée que les Français ont la mémoire si courte ? Ils se souviennent que le candidat socialiste en 2012 promettait «le retour de la liberté de prendre sa retraite à partir de 60 ans», même s’il l’assortissait de bémols. Ils savent que l’allongement de la durée de cotisation les conduirait jusqu’à la limite de l’espérance de vie en bonne santé – 62 ans pour les hommes et 63 ans pour les femmes – et que ces dernières années de travail tireraient trop rudement sur des corps usés. La France est en effet un des pays où l’intensité du travail et la productivité sont les plus fortes.

Bruxelles l’avait réclamé, François Hollande semble s’exécuter en poussant à la mise en place à marche forcée d’une réforme qui réduirait le droit à la retraite, diminuerait les pensions, notamment en abandonnant leur indexation sur l’inflation, supprimerait les avantages accordés aux parents de trois enfants et plus... Les commissaires européens devant lesquels le président français se présentera demain seront sans doute frappés par sa «merkellisation» et n’hésiteront pas à forcer la dose dans les «recommandations» qu’ils adresseront le 29 mai à notre pays.Un chiffre est déjà brandi comme un épouvantail à moineaux : le déficit cumulé de l’ensemble des régimes pourrait atteindre 200 milliards d’euros en 2020. La réforme de Sarkozy, après celle de Fillon, n’a donc servi à rien. Elles ont en fait accru encore les déséquilibres en infligeant à l’économie le poison de l’austérité. Le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, a fait remarquer ces derniers jours que «si on allait vers un salaire minimum de 1 700 euros, on n’aurait pas de problèmes de retraites». L’autre levier sur lequel il faudrait agir, c’est l’emploi et la croissance, insistait-il, qui multiplieraient les cotisations. Il est rejoint par Jean-Claude Mailly, pour FO, qui refuse une augmentation de la durée de cotisation, «déjà en augmentation trop forte». À la CFDT aussi, on s’inquiète d’une telle précipitation gouvernementale à boucler le dossier. «Il faut être résolument moderne», proclamait Rimbaud, qui ajoutait dans la même lancée «tenir le pas gagné». Ce pas gagné, en la matière, c’est le droit à la retraite à 60 ans, à taux plein et garanti.

Il faudra sans aucun doute retourner dans la rue

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