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Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate

Publié le par Daniel Sario

Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate
Dans la campagne contre Tsipras destinée à intimider les électeurs grecs et à conditionner les opinions des autres pays de la zone euro, nous démasquons ici quelques-unes des manipulations les plus flagrantes. Par Clotilde Mathieu et Bruno odent
  • « Un grexit n’aurait pas de conséquences pour la zone euro et serait in fine bénéfique pour la Grèce. »
  • Faux. Une sortie de la Grèce de la zone euro aurait des conséquences funestes pour tout le monde. D’abord pour la Grèce, car le retour à la drachme et la dégringolade assurée de sa valeur provoqueraient un renchérissement considérable des produits de consommation courante, massivement importés. Avec donc de nouvelles pertes considérables de pouvoir d’achat pour la population.
  • Pour la zone euro, le choc ne serait pas moindre. Le grexit induit en effet un risque de contagion. Les opérateurs des marchés financiers pourraient spéculer sur les taux d’intérêt des emprunts d’État des pays du Sud européen, considérés comme autant de maillons faibles de l’eurosystème. On a pu mesurer dès hier combien ce risque était avéré avec la remontée spectaculaire des différentiels de taux d’intérêt de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal par rapport à ceux du Bund (l’emprunt d’État allemand).
  • « Athènes n’a fait aucune proposition sérieuse et a donc bloqué toute issue vers un compromis »
  • Faux. Alexis Tsipras a présenté au début de la semaine passée un texte qui contenait des concessions à l’égard des créanciers et prouvait donc une volonté d’aboutir. Athènes, qui refusait jusque-là tout dépassement de l’excédent budgétaire primaire (avant décompte des intérêts de la dette) au-delà de 0,65 % de son PIB en 2015, acceptait ainsi de venir au-devant de la demande des créanciers en avançant un objectif d’excédent de 1 %. Le gouvernement Syriza, s’il se rend à cette logique d’« assainissement budgétaire » spécifie toutefois qu’il entend épargner les plus démunis en transférant « le poids de l’effort fiscal des classes populaires vers les couches les plus aisées ». Un nouveau taux d’imposition de 8 % est ainsi créé pour les très riches dont les revenus dépassent les 500 000 euros.
  • « Il n’est pas question de transférer le poids de la dette grecque du contribuable grec au contribuable français », Michel Sapin, ministre des Finances publiques. Chaque Français devrait payer entre 600 et 900 euros.
  • Faux. En cas de défaut, la France, qui a déjà emprunté les 40 milliards d’euros prêtés à la Grèce – 11 milliards d’euros directement versés à Athènes, ainsi qu’une garantie de 30 milliards au mécanisme européen de stabilité (MES) –, les a déjà comptabilisés dans sa dette publique. Le non-paiement n’aura donc aucun effet sur le niveau de celle-ci. Par contre, la France devrait payer les intérêts de cet emprunt à la place de l’État grec. Ce qui reviendrait au taux auquel la France emprunte à 400 millions d’euros, soit 10,50 euros par an, par Français.
  • « Les institutions regroupées au sein de l’ex-troïka (UE, BCE et FMI) avaient fait toutes les concessions indispensables pour conclure un bon compromis. »
  • Faux. Dans leurs ultimes propositions, les créanciers restent arc-boutés sur les dogmes de la politique dite de l’offre. Ils veulent tailler dans les dépenses publiques et sociales, et refusent les hausses d’impôts sur les plus riches ou sur les entreprises qui réalisent de gros profits. Comme cette taxe exceptionnelle de 12 % proposée par Athènes sur les bénéfices au-delà de 500 000 euros. Même hostilité déclarée aux dérogations demandées par le gouvernement Tsipras à la hausse globale de la TVA à 23 % afin d’épargner les couches les plus défavorisées de la population. L’ex-troïka réclame ainsi que des aliments transformés aussi essentiels que le lait, l’huile et les fromages soient taxés au prix fort et non pas à 13 %, comme le souhaitait la partie grecque.
  • « Les 200 milliards d’aides européennes à la Grèce ont servi à payer son administration pléthorique. »
  • Faux. En réalité, seuls 27 milliards d’euros des 226,7 milliards d’euros de l’aide totale versée depuis 2010 par l’UE et le FMI, soit 11 % de l’enveloppe globale, sont entrés dans les caisses de l’État grec pour payer les dépenses de gestion. 80 % de l’argent des prêts est allé aux banques et à la troïka. Dans le détail, 122 milliards, soit la moitié de l’aide, ont servi aux créanciers dont les prêts arrivaient à échéance et à payer les intérêts d’emprunt. 9,1 milliards ont été remboursés au FMI pour remboursement du premier programme de prêts. 48,2 milliards ont servi à recapitaliser les banques grecques, etc.
  • « L’austérité imposée par la troïka a sauvé la Grèce et relancé la croissance. »
  • Faux. L’austérité a surtout permis de dégager des capacités de remboursement pour les créanciers. En imposant une baisse généralisée des revenus et en sabrant dans les droits sociaux élémentaires, le PIB de la Grèce a été en 2014 inférieur de 25,8 % à son niveau de 2007. L’investissement a chuté de 67 %. Et 46 % des Grecs sont au-dessous du seuil de pauvreté. Au final, la dette grecque a ainsi explosé de plus de 75 points de pourcentage, passant de 103,1 % en 2007 à 175 % en 2014. Dans un document posté sur son compte Twitter, l’ex-directeur du FMI, au début de la crise grecque, Dominique Strauss-Kahn, fait lui-même amende honorable en reconnaissant le caractère « inepte » ou « désastreux » des « ajustements budgétaires sévères » qui ont été la règle dans la zone euro, dans la foulée de la crise. « Nous nous complaisons, conclut DSK, à répéter les mêmes erreurs. »

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