Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Grèce. Dans le camp du « non » grec, un vent de liberté »

Publié le par Daniel Sario

Grèce. Dans le camp du « non » grec, un vent de liberté »
Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, s’est exprimé vendredi soir, sur la place Syntagma, dans un meeting du « non », l’un des plus imposant de l’histoire récente de la Grèce. Lire aussi la traduction du discours d'Alexis Tsipras. Par Rosa Moussaoui

Athènes, envoyée spéciale de l'Humanité. Loin, bien loin du climat de peur décrit par les détracteurs du référendum, une foule immense, joyeuse, chaleureuse, bien plus nombreuse que celle de la manifestation du 29 juin, a convergé vendredi soir sur la place Syntagma, devant le Parlement, pour l’un des plus imposants meetings politiques de l’histoire récente de la Grèce. Un mot scande ce rassemblement autour du Premier ministre, Alexis Tsipras : « OXI ». « Non », pas seulement au chantage des créanciers d’Athènes, qui organisent l’étranglement financier du pays et la désinformation pour tenter de manipuler le scrutin et faire avaler au peuple grec la pilule amère d’un nouveau mémorandum d’austérité. Copieusement hués, les noms des anciens dirigeants grecs, Antonis Samaras, Evangelos Venizelos, Georges Papandréou, sont eux aussi accueillis par la clameur du refus.

A l’évocation des noms des chaînes de télévision privées menant une violente campagne contre le gouvernement grec, accusé de vouloir sortir le pays de l’Europe, les « OXI » deviennent franchement rageurs. Explosion d’enthousiasme, en revanche, lorsque l’Espagnol Miguel Urban, de Podemos, et l’Allemand Gregor Gysi, de Die Linke, prennent la parole pour exprimer leur solidarité, salués dans la foule par des drapeaux allemands ou par la bannière rouge, jaune et violet de la République espagnole. Dans le public, il y a aussi les Allemands de Blockupy, harceleurs de la Banque centrale européenne à Francfort, avec leur banderole « OXI ! Luttons ensemble contre l’austérité ! ». Des chansons sont reprises en chœur.

L’une d’entre elle dit : « Je ne vais pas pleurer/Je ne vais pas avoir peur », elle a été reprise par le musicien Pavlos Fyssas, assassiné le 18 septembre 2013 à Keratsini par les néo-nazis d’Aube dorée. On entonne aussi le chant des partisans italiens, « Bella Ciao », comme pendant la campagne des législatives. Sous les acclamations, Alexis Tsipras délivre un discours au souffle épique, dans la veine de ceux qu’il a prononcés ces derniers jours. « Je vous appelle, ce dimanche, à opposer un « non » haut et clair aux ultimatums. À tourner le dos à ceux qui sèment chaque jour la peur et l’intimidation. Et, lundi, quel que soit le résultat du processus démocratique, de ce verdict populaire que certains redoutaient et voulaient entraver, nous opposerons également un « non » sans appel à la division, lance le Premier ministre grec. Lundi, quelle que soit l’issue du scrutin, les Grecs n’auront rien qui les sépare. Ensemble, nous nous battrons pour reconstruire une Grèce meilleure que celle que nous ont laissée cinq années de désastre. Je vous appelle enfin à ne pas prêter l’oreille à ces sirènes dont l’écho ne cesse de s’amplifier, ces sirènes qui hurlent à la peur. À décider avec votre esprit et votre cœur. À vous déterminer avec calme et résolution. À vous prononcer en faveur d’une Grèce fière dans une Europe démocratique. En faveur d’un peuple, d’un petit peuple qui se bat, comme le dit le poème, sans épées et sans balles. Qui se bat cependant en ayant dans les mains la plus puissante des armes : la justice. »

Tsipras, qui a tout dit, ces derniers jours, des chantages, des pressions et du mépris qu’il a subis ces cinq derniers mois dans les cénacles bruxellois, en appelle à la tradition de luttes, de résistance du peuple grec et conclut par ces mots : « La liberté demande de la vertu et de l’audace. Nous, vous, nous tous, disposons d’audace comme de vertu. Et nous sommes libres. Nous respirons un vent de liberté. Quoi qu’il arrive, nous sommes victorieux. Nous serons victorieux. La Grèce a vaincu. La démocratie a vaincu. Le chantage et les menaces ont été défaits.» Cette détermination, qui traduit celles de classes moyennes et populaires broyées par l’austérité à marche forcée, semble déjà porter ses fruits. Dans un rapport préliminaire publié jeudi 2 juillet, et dont les Européens ont tenté de bloquer la parution, le FMI reconnaît enfin le caractère insoutenable de la dette grecque et la nécessité de son allègement. Samedi, à la veille du scrutin, c’est le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui admettait, à contre courant du discours dominant à Bruxelles et dans le camp du « oui », que ce référendum ne porte pas sur l’appartenance de la Grèce à l’Europe et à la zone euro. « Non en fait, personne n’a intérêt à ce genre de choix », a-t-il concédé.

L’utopie néolibérale est, elle, à ce point mortifère qu’elle enjoint à penser l’Europe sans cette part irréductible d’elle-même qu’est la Grèce. Comment, alors, ne pas puiser dans le mythe la force de résister ? C’est ce qu’a fait Tsipras vendredi soir, à Syntagma : « Nul n’a le droit de menacer de diviser l’Europe. La Grèce, notre patrie, était, est et demeurera le berceau de la civilisation européenne. C’est en ce lieu, dit la mythologie, que Zeus, en l’enlevant, a conduit la princesse Europe. Et c’est de ce lieu que les technocrates de l’austérité souhaitent à présent l’enlever. Mais cela ne sera pas. Car, dimanche, nous leur dirons « non ». Nous ne laisserons pas l’Europe entre les mains de ceux qui souhaitent soustraire l’Europe à sa tradition démocratique, à ses conquêtes démocratiques, à ses principes fondateurs, aux principes de démocratie, de solidarité et de respect mutuel. »

Commenter cet article