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Le rideau de fumée nommé Barroso

Publié le par Daniel Sario

Les critiques, pour justifiées qu’elles soient, qui ont été exprimées au cours de ces derniers jours par plusieurs responsables français à l’encontre de José Manuel Barroso ne seront-elles qu’un rideau de fumée destiné à dissimuler un accord sur l’orientation austéritaire de l’Union européenne ? par Jean-paul Piérot

Alors que se réunissent à Bruxelles les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, c’est malheureusement l’hypothèse la plus probable. Jamais auparavant l’austère président de la Commission européenne n’avait occupé une telle place dans la communication gouvernementale après qu’Arnaud Montebourg, réagissant à la défaite de Villeneuve-sur-Lot, l’eut qualifié de « carburant du Front national ». Sans doute Barroso l’avait-il bien cherché, en taxant de réactionnaire l’exception culturelle, c’est-à-dire la protection des activités culturelles de la marchandisation généralisée, prônée par l’accord transatlantique de libre-échange. Mais enfin, ses positions ultralibérales n’étaient pas une découverte, il est plus grave en revanche qu’il ait été nommé pendant deux mandats à la tête de la Commission avec l’assentiment des dirigeants des pays membres.

Ces controverses montées en mayonnaise ont fait passer au second plan l’objectif premier de ce Conseil européen, qui doit avaliser les injonctions de la Commission européenne à l’adresse de chacun des États membres en matière de réformes structurelles, en d’autres termes, de nouveaux reculs sociaux. Paris s’est vu accorder un délai de deux ans supplémentaires pour atteindre des objectifs fixés de réduction des dépenses publiques, mais le report de l’âge de départ à la retraite au-delà de 62 ans est posé. L’attitude de François Hollande sera observée avec vigilance par les syndicats et l’ensemble du monde du travail. Au-delà des mots, allait-il faire entendre une voix ferme, ou s’apprêtait-il une nouvelle fois à s’incliner ? L’expérience de sa promesse non tenue d’obtenir après son élection une renégociation du traité européen n’incline guère à l’optimisme. « Tout le monde aura à veiller à ce qu’on trouve l’apaisement », précisait-on hier dans l’entourage du chef de l’État. À quel prix ?

Les dirigeants européens ne peuvent pas ignorer les ravages des politiques d’austérité qui conduisent à la récession plusieurs pays européens et auxquelles se confrontent des mouvements de résistance sociale à répétition. En particulier, l’ancien premier ministre portugais que fut José Manuel Barroso a pu constater qu’à l’heure où se réunissait le sommet de Bruxelles, son propre pays était paralysé par une grève générale contre la suppression de 30 000 postes dans les services publics, l’allongement du temps de travail, le gel des pensions, la baisse des remboursements de la Sécurité sociale… Une politique d’austérité mise en place sous l’impulsion de la Commission et du FMI, lequel aujourd’hui reconnaît la nocivité de ses propres recettes, en Grèce et ailleurs.

La lutte contre l’austérité dans chaque pays et au niveau de l’Union est-elle en passe de devenir un élément fédérateur d’un véritable mouvement social européen contre ceux qui s’acharnent à provoquer désespérance, colère et repliement ? Face à Barroso et à ses pairs, c’est à coup sûr le seul moyen de défendre l’idée européenne, un autre modèle européen.

José-Manuel Barroso, le bouc-émissaire idéal de la politique Hollande-Merkel

José-Manuel Barroso, le bouc-émissaire idéal de la politique Hollande-Merkel

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