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Emploi : Un plan pour que les chômeurs restent au chômage et Hollande à l'Elysée

Publié le par Daniel Sario

Emploi : Un plan pour que les chômeurs restent au chômage et Hollande à l'Elysée

Les mesures étaient connues et déjà commentées : un plan de formation des chômeurs, un coup de pouce aux formations en alternance et une prime à l’embauche… François Hollande n’a pas convaincu, et à même sérieusement agacé avec l’annonce de la pérennisation du CICE qui a largement démontré son inefficacité.

François Hollande a précisé sa prime à l’embauche à destination des PME. Ainsi les entreprises de moins de 250 salariés percevront une prime immédiate de 2.000 euros par an pour toute embauche en CDI ou en CDD de plus de 6 mois de salariés rémunérés jusqu'à 1,3 Smic. Cette somme de 2.000 euros "représente le reliquat des cotisations patronales une fois pris en compte l'ensemble des allègements de charges" dont elles bénéficient, notamment du Pacte de responsabilité. "Effectif dès aujourd'hui", "ce dispositif est établi pour une durée de 2 ans".
Laurent Berger, de la CFDT, s'était dit "pas fan du tout" de cette prime à l'embauche, mettant en cause "des effets d'aubaine" pour les entreprises qui avaient de toute façon décidé d'embaucher. Donc, "on arrose un peu le sable". La CGPME va dans ce sens : les entreprises ne sont "pas des chasseurs de primes". "L'entreprise qui est en capacité d'employer aujourd'hui, de toute façon elle embauchera. Elle aura au passage une prime de 2.000 euros".

Le président a confirmé son souhait de former 500.000 chômeurs supplémentaires, se défendant à nouveau de faire une entourloupe statistique (les chômeurs en formation passent en catégorie D, très peu regardée). Cette mesure sera financée par l’Etat à hauteur de un milliard d’euros. Les partenaires sociaux définiront les formations "branche par branche, région par région" pour répondre aux besoins des entreprises. Parmi les secteurs cités, les activités liées à la transition numérique et énergétique, mais aussi le bâtiment, l'aéronautique, la sécurité.
Concernant l’apprentissage et les contrats de professionnalisation, François Hollande a fixé un objectif de "50.000 bénéficiaires" parmi les chômeurs, "au lieu de 8.000" aujourd'hui. Ce dispositif de formation continue, accessible sans critère d'âge, bénéficie actuellement à environ 190.000 personnes, en grande majorité des jeunes. Le gouvernement est "prêt à modifier la loi si nécessaire" pour "étendre les compétences des régions" sur la formation et l'apprentissage.

La réforme du code du travail est à nouveau évoquée. Le nouveau texte entend définir un "socle garanti des droits pour chaque salarié auquel il n'est pas possible de déroger" - sur la base des grands principes qui seront proposés la semaine prochaine par le rapport Badinter, "le reste sera renvoyé à la négociation collective". En particulier, elle "conférera à l'accord d'entreprise" la responsabilité de fixer les modalités d'organisations du temps de travail "sans remettre en cause la durée légale". La loi donnera aussi "plus de place à l'accord collectif lorsqu'il est conclu dans l'intérêt" de l'emploi et les "stipulations de l'accord pourront s'imposer à celles du contrat de travail". Une annonce qui agace profondément les syndicats. Jean-Claude Mailly de FO dénonce une "remise en cause profonde" des "normes" avec la possibilité de déroger directement par accords d'entreprise sur "le contingent et le taux de majoration des heures supplémentaires".

Exonérer le patronat des charges sociales. Là où Hollande agace réellement, c’est lorsqu’il veut "transformer aussi vite que possible le CICE en baisse définitive des cotisations sociales", afin "qu'il n'y ait pas de doute sur l'engagement qui a été pris" vis-à-vis des entreprises. Le pacte de responsabilité a produit "des résultats significatifs mais encore insuffisants", il faudra en "faire l'évaluation". Il ajoute que "le crédit impôt recherche sera pérennisé" et la recherche publique, "dotée de nouveaux moyens pour garder nos talents et en attirer d'autres venant de l'extérieur". Philippe Martinez, de la CGT le déplore : "Le président propose de continuer ce qui ne marche pas : les aides aux entreprises, les exonérations, beaucoup de cadeaux aux entreprises", "ça fait 40 ans (...) et la courbe du chômage continue à augmenter". "Il faut inverser cette logique d'aide aux entreprises" et "cette logique où on culpabilise les chômeurs". Jean-Claude Mailly (FO) s’est lui dit énervé par ces "annonces", "balancées sans qu'on soit au courant", un "PLA, programme libéral accentué" qui "nous inquiète lourdement", comme la transformation dans deux ans du CICE en baisse durable des cotisations patronales, "sans un mot" pour "garantir le financement de la protection sociale".

Deux mauvaises nouvelles se voient également confirmées, en premier lieu le plafonnement pour les indemnités de licenciement en fonction de l'ancienneté dans la réforme des prud'hommes. De même, la prochaine renégociation de l'assurance chômage "l'occasion de revoir un certain nombre de règles et de réorienter les financements" pour "accompagner le retour vers l'emploi". "C’est le bouquet", pour Jean-Claude Mailly. "Le président nous explique qu'il faut plus former et moins indemniser, ce n'est pas son rôle, le patronat doit être content"… Philippe Martinez reste combatif : "On va continuer nos discussions avec les salariés pour que les mobilisations puissent converger. C'est la seule solution aujourd'hui pour essayer d'infléchir la politique du gouvernement".

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