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Ne pas céder à l'état d'urgence

Publié le par Daniel Sario

Ne pas céder à l'état d'urgence

Des milliers de personnes ont manifesté ce samedi 30 janvier à Paris et dans toute la France pour dénoncer le projet de déchéance de nationalité et l’état d’urgence. Une nouvelle prolongation de l’état d’urgence jusqu’à fin mai doit être présentée mercredi prochain en conseil des ministres et soumis aux votes des sénateurs le 9 février et des députés le 16 février.

Après trois mois en état d’urgence, la France a besoin d’en sortir. C’est ce mot d’ordre qui a fait défiler samedi, dans plus de 70 villes du pays, plusieurs milliers de citoyens à l’appel des collectifs Nous ne céderons pas et Stop l’état d’urgence, regroupant des dizaines d’associations et de syndicats (Ligue des droits de l’homme, CGT, RESF, FSU, Syndicat de la magistrature, etc.). Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé sa volonté de prolonger la durée des mesures d’exception pour trois mois au-delà du 26 février (date jusqu’à laquelle court la première prolongation de l’état d’urgence). Le Conseil d’État a d’ailleurs rejeté mercredi le référé de la LDH demandant sa suspension. Mais les citoyens et organisations qui ont pris la rue réclament sa levée sans délai et refusent par-dessus tout son inscription dans la Constitution, tout comme les mesures de déchéance de nationalité, avec lesquelles le premier ministre a phagocyté le débat public depuis plusieurs semaines.

« Nous refusons une société du contrôle généralisé ». Plusieurs centaines de citoyens se sont donc retrouvés à Montpellier (2 000), Toulouse (1 800 personnes), Bordeaux (3 000 personnes), Lyon (un millier de manifestants), Strasbourg… « Il est nécessaire et possible que l’État protège les habitants face au terrorisme, sans remettre en cause les droits et les libertés. Nous refusons une société du contrôle généralisé, une société qui glisse de la présomption d’innocence au présumé potentiellement coupable », expliquent dans un tract les organisateurs de la journée d’action, demandant l’arrêt immédiat « de la répression et de la stigmatisation des manifestants, militants des mouvements sociaux, des migrants, des musulmans ou supposés l’être, des quartiers populaires ». À Paris, 20 000 citoyens, selon les organisateurs, auront bravé la mauvaise météo. En début d’après-midi, rendez-vous était fixé place de la République au pied de la statue transformée en mémorial en hommage aux victimes des attentats. Là où tout a commencé. Là aussi où, au moment de la tenue de la COP21, une manifestation avait dégénéré sous la pression policière. Ce samedi, les forces de l’ordre sont présentes mais discrètes. Un état d’urgence à géométrie variable qui pourrait en soi démontrer son inutilité.

« On a le sentiment que le gouvernement nous fait changer de régime », estime Jean-Baptiste Eyraud, président de l’association Droit au logement. Il craint que la constitutionnalisation soit « utilisée pour bâillonner les mouvements sociaux » et, plus largement, qu’elle « remette en cause des libertés fondamentales ». Dans le carré de tête, le militant associatif côtoie le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le sénateur communiste Pierre Laurent ou encore le député écologiste Noël Mamère, l’un des rares à avoir voté dès le 19 novembre contre la première prolongation de trois mois de l’état d’urgence. « Non seulement le terrorisme ne justifie pas l’état d’urgence, mais c’est l’inverse. C’est précisément parce qu’il y a des terroristes que la réplique doit être une démocratie plus vivante que jamais », estime pour sa part l’ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle de 2012, Jean-Luc Mélenchon.

« L’urgence est sociale et climatique ! À bas Hollande et toute sa clique ! » reprennent en chœur les manifestants. À d’autres endroits du cortège, d’autres slogans rappellent que, pour beaucoup de Français, l’urgence c’est le logement. Les mots d’ordre varient mais se retrouvent autour d’une idée : l’état d’urgence décrété par l’exécutif relève surtout de l’enfumage sécuritaire, détournant l’attention des « vrais problèmes ». Damien, manifestant sans carte qui suit le cortège de la CGT, évoque même un « coup d’État en douceur. C’est l’administration qui prend le dessus sur la démocratie ». Mais c’est bien la déchéance de nationalité qui concentre le plus de mécontentements. « Je suis française en sursis », estime Leïla, pas terroriste pour un sou mais binationale franco-marocaine, qui n’arrive pas à s’expliquer comment « un gouvernement qui se dit de gauche a pu mettre ainsi en avant pendant des semaines une mesure qui n’a pas d’autre qualification possible que raciste ».

Jusqu’au vote au Parlement, la mobilisation va continuer, ont d’ores et déjà averti les collectifs, qui annoncent un week-end d’action pour les 6 et 7 février.

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