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Levée de bouclier face à la menace d’interdiction

Publié le par Daniel Sario

Levée de bouclier face à la menace d’interdiction

L’exécutif a tenté par tous les moyens d’empêcher la manifestation de demain avec une proposition de rassemblement « statique » qu’ont refusée « catégoriquement » les syndicats. Ces derniers ont proposés plusieurs parcours alternatifs.

Par Clotilde Mathieu et Aurélien Soucheyre | Mercredi, 22 Juin, 2016 | L'Humanité

Jusqu’au dernier moment, l’exécutif a tenté de dissuader les syndicats opposés à la loi El Khomri de manifester dans la capitale. Déterminés, les syndicats n’ont rien lâché pour exercer leur droit de battre le pavé. N’hésitant pas, après une première réunion en préfecture hier sur une manifestation de Bastille à Nation qui s’est soldée par un échec, à proposer tout l’après-midi plusieurs parcours alternatifs, « plus courts » et avec « moins de commerces » (de Bastille à place d’Italie ou de Denfert-Rochereau à place d’Italie), explique l’un des participants. A l’heure où nous écrivions ces lignes, il n’y avait aucune certitude quant à l’issue de ce bras de fer entre le gouvernement et les syndicats. Même si ces derniers avaient bon espoir que l’exécutif revienne à la raison. Car « certains membres du gouvernement sont totalement opposés à l’idée d’une interdiction de manifestation », a confié une source syndicale. En début de soirée, seul Le Parisien annonçait un recul du gouvernement, mais les syndicats n’avaient pas reçu de coup de fil du préfet confirmant cette information.

Une fermeté qui collait aux propos tenus par le ministre de l’Intérieur

En fin de matinée, après deux heures de discussion, le préfet est resté droit dans ses bottes : une « manifestation statique » sinon rien. Une fermeté qui collait aux propos tenus par le ministre de l’Intérieur, qui juste avant la rencontre avait réitéré sa menace d’interdiction pour imposer sa soi-disant « proposition responsable ». À savoir, ce rassemblement, place de la Nation ou sur une autre place parisienne. Une proposition condamnée par les syndicats, qui y ont vu un véritable danger pour les manifestants. Et ils n’ont pas été les seuls. Deux syndicats de police, dont le syndicat majoritaire Alliance, ont également alerté sur les risques. « Le rassemblement statique, pour moi, ça n’est jamais une bonne idée. (...) S’il y a un incident, c’est ingérable. Je pense que cette solution est extrêmement dangereuse », a ainsi affirmé Frédéric Lagache, le secrétaire général adjoint d’Alliance. Face au tollé qu’a suscité l’argument « sécurité », le ministre a tenté de culpabiliser les organisateurs en évoquant la « fatigue » des policiers et gendarmes, qui, sollicités simultanément « sur l’Euro » de football, « aux frontières dans un contexte migratoire particulier » et « dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre », « ont besoin de retrouver des forces ». Le tout en invitant à nouveau les syndicats « à la responsabilité ». Un « prétexte », selon le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent : « S’il y a une manifestation, bien sûr j’y serai, a-t-il répondu au micro de France Info. Je suis de tous les rendez-vous depuis le début sur la mobilisation contre la loi travail. Tant que le projet de loi est discuté et que le gouvernement essaie de le faire passer en force au Parlement, il n’y a aucune raison d’arrêter la mobilisation », a-t-il prévenu.

Un coup de force qui s’est invité dans les débats à l’Assemblée nationale. Sans surprise, l’autoritarisme de l’exécutif y a été approuvé par la droite. De nombreux membres des « Républicains » comme de l’UDI ont appelé sans relâche à interdire la manifestation sociale du 23 juin, avec les mêmes arguments que ceux apportés par le ministre de l’Intérieur. « Ce gouvernement ne nous aura rien épargné, s’indigne André Chassaigne, chef de file des députés Front de gauche. L’exécutif est en pleine dérive. Une dérive libérale sur le fond de la loi travail, puisqu’elle s’attaque aux droits des salariés et aux droits syndicaux, mais aussi une dérive autoritariste, puisque la menace d’interdiction plane sur les manifestants. Une telle menace est une réelle attaque contre la liberté d’expression et la liberté de manifester. Ce gouvernement est aux abois et prêt à tout. Il joue avec le feu et a depuis bien longtemps jeté ses valeurs de gauche. »

Dans les rangs du PS, les frondeurs, à l’image de leur chef de file Christian Paul, ont également donné de la voix. « Ce serait une erreur historique de porter atteinte à la liberté de manifester. C’est une liberté fondamentale dans notre pays », s’est indigné celui-ci. Pascal Cherki a pour sa part considéré qu’assurer la sécurité durant les manifestations était du ressort « de la police, qui en a les moyens ». En revanche, du côté des députés socialistes proches du gouvernement, la question était certes à la fois de « respecter le droit de manifester et la sécurité », mais cela revenait, dans la bouche de beaucoup, à stigmatiser les syndicats en les amalgamant aux casseurs afin de mieux défendre la proposition de l’exécutif. « Tout cela n’est pas sérieux. Il ne faut pas retourner les responsabilités. Il est trop facile d’instrumentaliser les casseurs. C’est bien au gouvernement d’assurer la sécurité », a rétorqué André Chassaigne.

Hollande, Valls, Macron :le social-libéralisme dégringole dans l’opinion

Rien ne semble plus pouvoir arrêter la dégringolade de l’exécutif dans l’opinion. Selon un sondage Odoxa, 84 % des Français estiment désormais que François Hollande est un mauvais président et 75 % pensent que Manuel Valls ne vaut pas mieux comme premier ministre. Un autre sondage Ipsos pour le Point attribue même à ce dernier un record historique d’impopularité en descendant à 20 %, en dessous des 21 % de Jean-Marc Ayrault en novembre 2013. À noter que, malgré ses efforts pour apparaître indépendant, Emmanuel Macron est associé à la chute de ses camarades, perdant 7 points (29 %).

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